LES INFECTIONS GYNECOLOGIQUES

auvaises odeurs vaginales

Les pertes vaginales malodorantes sont un motif fréquent de consultation chez le gynécologue. Elles sont le plus souvent dues à :

 

 une infection à un parasite : le Trichomonas Vaginalis

 et / ou

• un déséquilibre de la flore vaginale

souvent associé à une infection par une bactérie  appelée Gardnerella Vaginalis.

 

Infection à Trichomonas Vaginalis : Une MST très contagieuse !

 

 

Trichomonas Vaginalis est à l’origine de l’infection sexuellement transmissible non virale la plus répandue dans le monde.

Très souvent diagnostiquée devant des pertes épaisses jaunâtres ou verdâtres parfois nauséabondes, elle peut parfois passer totalement inaperçue. Très contagieuse, cette infection souvent asymptomatique chez l'homme peut être à l'origine de graves complications chez la femme. Le dépistage de cette maladie "invisible" est un enjeu de santé publique.

 

Qu'est ce que le Trichomonas Vaginalis ?

 

Trichomonas Vaginalis est un parasite, c'est à dire une variété de microbe vivant aux dépends d'un autre organisme biologique, en l'occurrence : l'être humain.

Il s'agit de la première cause d'infection sexuellement transmissible non virale en France et dans le monde avec plus de 170 millions de cas estimés.

 

L'infection à Trichomonas Vaginalis se localise généralement au niveau des voies génito-urinaires avec des signes variés :

- chez la femme : de la simple infection vaginale en passant par des infections du col de l'utérus ou des trompes

- chez l'homme : infections de l'urètre en passant par des infection de la prostate ou des vésicules séminales avec troubles de la fertilité

- pour en savoir plus voir le rubrique : Symptômes d'une infection à Trichomonas Vaginalis.

 

Il est important de noter qu'être infecté par Trichomonas Vaginalis favorise la co-infection par le VIH.

 

Quelles sont les personnes les plus touchées?

 

Dans les pays industrialisés, environ 3 % des femmes sont porteuses d'une infection à Trichomonas Vaginalis.

Cette infection survient généralement chez les femmes pendant leurs années d'activité sexuelle (rarement avant l'apparition des règles ou après la ménopause). Dans 50 % des cas, l'infection passe totalement inaperçue chez la femme.

Dans les pays industrialisés, les femmes noires seraient plus souvent porteuse du parasite (x 10 selon une étude américaine menée de 2001 à 2004).

De 14 à 60 % des infections chez l'homme sont attribuables à des infections confirmées chez leur partenaire féminine.

 
 

Comment est-on infecté par Trichomonas Vaginalis ?

 

Très contagieux, trichomonas vaginalis se transmet lors de relations sexuelles par simples contacts avec des sécrétions vaginales ou urétrales (masculines ou féminines).

L'échange de sex-toys peut également être à l'origine d'une contamination.

Le préservatif permet de lutter contre la transmission de Trichomonas Vaginalis lors des rapports sexuels.

 

La transmission en dehors des rapports sexuels est rare mais a pu être observée dans le cadre :

- d'inséminations intra-utérines par du sperme contaminé en procréation médicalement assistée,

- avec des embouts de douche,

- des lingettes humides,

- des spéculums mal stérilisés,

- et même possiblement par des sièges de toilettes contaminés.

 

La transmission à des nouveau-nés par des mères infectées a été démontrée dans  2 à 17 % des cas, et peut entraîner des infections des voies urinaires ou du vagin chez le nourrisson.

Chez ces enfants infectés, l'infection peut rester asymptomatique jusqu'à la puberté.

 
 

Quels sont les signes d'une infections par trichomonas vaginalis ?

 

Chez la femme

 

L'infection à Trichomonas Vaginalis est totalement inaperçue (aucun signe) dans 50 % des cas.

Dans l'autre moitié des cas, les femmes présentent des signes d'une gravité variable allant :

- de pertes vaginales abondantes souvent malodorantes, mousseuses, jaunâtres ou verdâtres,

- de simples démangeaisons vulvaires ou vaginales,

- de douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunies),

- de douleurs abdominales basses,

- et/ou de troubles urinaires (brulures, gène).

 

En l'absence de traitement adapté, l'infection à trichomonas vaginalis peut alors évoluer vers des signes d'inflammation :

- du vagin (vaginite),

- de l'utérus (endométrite),

- ou des trompes (salpingite).

 

Chez la femme enceinte, l'infection à trichomonas vaginalis peut être à l'origine :

- d'accouchements prématurés,

- de ruptures prématurées de la poche des eaux,

- de naissances d'enfants de petit poids (hypotrophie ou retard de croissance intra-utérin),

- d'infections du nouveau-né lors de son passage dans le vagin maternel pendant l'accouchement pouvant occasionner des troubles urinaires ou gynécologiques chez l'enfant.

 

Le portage de trichomonas vaginalis est également associé à une augmentation:

- des déséquilibres de la flore vaginale (vaginose bactérienne)

- de stérilités féminines,

- de cancers du col de l'utérus,

- de co-infection par le virus HIV.

 

Chez l’homme

 

L'infection à trichomonas vaginalis est un peu moins fréquente chez l'homme. Cependant les hommes sont de bons vecteurs de la maladie, c'est à dire qu'ils transmettent fréquemment leur infection à la femme.

 

Chez les hommes infectés, les symptômes sont le plus souvent modérés, voir absents. Lorsque l'infection est symptomatique, les signes résultent d'une inflammation des voies génito-urinaires à type de :

- balanite (inflammation du gland)

- urétrite (inflammation de l'urètre, canal excréteur de l'urine et des spermatozoïdes)

- épididymite (inflammation de l'épididyme, principal canal excréteur des spermatozoïdes)

- prostatite (inflammation de la prostate).

L'homme présente alors des :

- gènes et douleurs en urinant,

- douleurs pelviennes et périnéales

- écoulement clair ou muco-purulent du méat urinaire.

Dans ce cas, l'absence d'un traitement adapté peut aboutir à une stérilité masculine.

 

Cependant chez l'homme, les cas de disparition spontanée de l'infection ne sont pas rares.

 
 

Comment sait-on que l'on est infecté ?

 

• Chez la femme, le diagnostic s'effectue grâce à un simple prélèvement cervico-vaginal réalisé par le biologiste au laboratoire d'analyses médicales.

 

• Chez l'homme, le diagnostic s'effectue grâce à des prélèvements urétraux ou prélèvements urétraux après massage prostatique réalisés par le biologiste au laboratoire d'analyses médicales.

 

• Chez la femme comme chez l'homme, les sécrétions biologiques prélevées sont alors le plus souvent analysées grâce à un examen au microscope.

D'autres techniques plus complexes peuvent être proposées par le biologiste (biologie moléculaire ou technique immunologique).

 
 

Existe-t-il un traitement ? un vaccin ?

 

Le traitement de l’infection à Trichomonas Vaginalis comporte :

- le métronidazole (Flagyl®) par voie orale à raison de 250 mg matin midi et soir pendant 10 jours

- ou le secnidazole (Secnol®) à raison d'un sachet de 2 g à renouveler 15 jours plus tard.

Ce traitement aboutit à un taux de guérison entre 85 et 95 %.

 

Dans tous les cas un prélèvement vaginal de contrôle devra être effectué 3 semaines après l'arrêt des antibiotiques afin de confirmer la guérison.

 

En cas de persistance de l'infection, un antibiogramme peut être demandé au laboratoire, et un traitement ciblé peut être alors institué.

 

Il n'existe pas de vaccin permettant de se protéger préventivement de Trichomonas Vaginalis.

 



 

Rédacteur : docteur Romain GUILHERME

Mise à jour le 17 février 2015

 

Références Bibliographiques:

- NR. Fichorova, Impact of T. Vaginalis Infection on Innate Immune Responses and Reproductive Outcome, 2009, Journal of Reproductive Immunology.

- B. Van der Pol, Trichomonas vaginalis infection: the most prevalent nonviral sexually transmitted infection receives the least public health attention, 2007, Clinical Infectious disease.

- M. Sutton et al., The prevalence of Trichomonas vaginalis infection among reproductive-age women in the United States, 2001-2004, Clinical INfectious disease.

- R. Quentin, Écologie bactérienne vaginale: nature, exploration et prise en charge des déséquilibres, 2006, Mise à jour en Gynécologie Médicale du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français.

 

Vaginose bactérienne et infection à Gardnerella Vaginalis

Les pertes vaginales malodorantes sont un motif fréquent de consultation chez le gynécologue.

Elles sont fréquemment dues à une pathologie dénommée vaginose bactérienne.

Ces vaginoses sont usuellement le reflet d'une infection à un germe appelé Gardnerella Vaginalis.

 



 

Qu'est ce qu'une vaginose bactérienne ?

 

En France, on estime qu'environ une femme sur cinq est porteuse d'une vaginose bactérienne.

Il s’agit d’une pathologie bénigne chez la femme non-enceinte.

La gravité de cette maladie se révèle pendant la grossesse puisque la vaginose bactérienne est responsable, dans 16 à 29 % des cas selon les études, de prématurité, d'infections foetales, d’avortements spontanés et de petits poids à la naissance.

La vaginose bactérienne est due à un déséquilibre de la flore vaginale dont les causes sont multiples : douches vaginales, excès d’hygiène, carences œstrogéniques, antibiotiques... Les rapports sexuels peuvent être en cause, non par transmission de germes (la vaginose n’est pas une maladie sexuellement transmissible), mais par action mécanique ou chimique (contact avec le sperme très basique). Le déséquilibre de cette flore aboutit à une disparition quasi complète des lactobacilles (bactéries de la flore normalement présente dans le vagin et également appelée flore de Döderlein) au profit de la flore anaérobie.

Cette flore anaérobie (anormalement présente) est très variée même si la bactérie dénommée Gardnerella Vaginalis est très fréquemment retrouvée. La réduction de l’activité lactobacillaire entraîne une élévation du pH vaginal qui dépasse 5 (donc plus basique). Ce pH plus basique aggrave l’un des facteurs cliniques les plus caractéristiques de la vaginose bactérienne : la mauvaise odeur vaginale.

 

 

Devant quels signes évoque-t-on une vaginose bactérienne ?

 

Le diagnostic de la vaginose bactérienne est le plus souvent réalisé sans examen complémentaire devant :

- des pertes grisâtres, fluides,

- et une mauvaise odeur qui est due à la production par les germes anaérobies (dont Gardnerella vaginalis) de substances odorantes (dont les cadavérine et putrescine : tout est dans le nom !!!) d’autant plus volatils que le pH vaginal augmente (ce qui explique l’aggravation de la malodeur après éjaculation du conjoint).

 

En cas de doute, un prélèvement vaginal peut être demandé et permet la certitude diagnostique devant :

- une élévation du pH vaginal (> 5)

- la présence de clue-cells à l’examen direct au microscope. Ces clue-cells sont des cellules de l’exocol tapissées de bacilles Gram- caractéristiques de la vaginose bactérienne.

- et un score de Nugent > 6 : Ce score de Nugent permet d'évaluer la qualité de l'écosystème bactérien vaginal par un simple examen au microscope en étudiant la présence de lactobacilles (germes vaginaux normaux), de certains germes anaérobies (Mobiluncus) et de Gardnerella vaginalis. Ce score de Nugent est noté de 0 à 10 de la façon suivante : 0 à 3 : flore normale, 4 à 6 : flore intermédiaire, 7 à 10 : vaginose bactérienne.

 

Le cas particulier de la femme enceinte doit par ailleurs être souligné :

- des antécédents de fausse-couches, infections foetales, accouchements prématurés, naissances d'enfants de petit poids doivent faire penser au diagnostic de vaginose bactérienne et la faire dépister avant toute nouvelle grossesse.

- un traitement doit alors être instauré le plus rapidement possible (avant la 12e semaine). Bien entendu, toutes les femmes enceintes porteuses de vaginose bactérienne ne présenteront pas de complications.

 
 

Comment soigner une vaginose bactérienne ?

 

Le traitement d’un épisode isolé de VB repose sur:

- le secnidazole (Secnol©) en dose unique : 1 sachet de 2 g en prise orale,

- ou le métronidazole (Flagyl©) : 1 g par jour pendant 7 jours en prise orale.

 

Ces traitements efficaces à court terme, connaissent un taux d’échec surprenant à moyen terme avec un taux de récurrences atteignant les 80 % à 3 mois.

Une des explications de ces récidives réside dans le fait que les principaux agents infectieux impliqués dans la génèse de la vaginose bactérienne (Gardnerella vaginalis et Atopobium vaginae) sont susceptibles de produire des biofilms qui les protègent de l'action des antibiotiques.

 

Il a été récemment démontré que certains des lactobacilles de la flore vaginale normale (Flore de Döderlein) sont capables de détruire les biofilms protecteurs autour des bactéries responsables de la vaginose bactérienne.

Le traitement des récidives doit donc associer :

- un anti-infectieux type métronidazole (Flagyl©) parfois par voies vaginale et orale simultanément,

- des traitements restaurateurs de la flore (prébiotiques et probiotiques).

- une lutte contre les facteurs favorisants le déséquilibre de la flore vaginale normale (douches vaginales, excès d’hygiène, carences œstrogéniques...).

 

On note que les :

- Les Prébiotiques sont des produits destinés à favoriser l’implantation des lactobacilles (germes normaux de la flore bactérienne vaginale) en créant un « climat » propice. Ce sont des acidifiants (Géliofil© : acide lactique + glycogène, Prévégyne© : acide ascorbique...). Ces produits acidifient le milieu vaginal, réduisant ainsi la prolifération de germes anaérobies (responsables de la vaginose bactérienne) et limitent ainsi le risque de récidive après traitement antibiotique. Cette réduction du nombre d’anaérobies va favoriser un rééquilibrage de la flore au profit des lactobacilles.

Les Probiotiques (Femibion Flore intime©, Bion Flore intime©, Hydralin Flora©) sont des lactobacilles "de remplacement". Dans un premier temps, le probiotique va remplacer la flore naturelle défaillante puis créer les conditions écologiques propices à la recolonisation du vagin par cette flore naturelle.

 

 

Rédacteur : docteur Romain GUILHERME

Mise à jour le 17 février 2015

 

Références Bibliographiques:

- J.M. Bohbot, Vaginose bactérienne, 2007, Mise à jour en Gynécologie Obstétrique du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français.

- J. Chantrel, G. Brabant, M.-C. Bissinger, C. Leignel, A. Fruchart, D. Subtil, Conséquences Obstétricales de la Vaginose Bactérienne, 2006, Mise à jour en Gynécologie Obstétrique du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français.